La normalisation du viol en Israël

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La normalisation du viol en Israël
Sde Teiman, Israël

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L'évolution du paysage médiatique, institutionnel, judiciaire et militaire israélien entre 2020 et 2026 témoigne d'une crise systémique et d'une prise de conscience sans précédent, bien que fragmentée. Cette période a mis en lumière un continuum de violences extrêmes et systématisées. Celles-ci s'étendent des réseaux clandestins d'abus sexuels ritualisés organisés (ASRO) prospérant au sein de communautés civiles et religieuses insulaires, jusqu'à l'institutionnalisation flagrante de la torture et des violences sexuelles comme instruments de domination étatique et de guerre dans les centres de détention militaires[1], [2], [3].

Longtemps relégués aux marges du débat public, souvent étouffés par la honte ou disqualifiés en tant que « théories du complot », ces phénomènes ont brutalement pénétré les sphères législative, clinique et internationale. Cette irruption est le fruit d'une série de témoignages de survivants brisant des décennies de silence, de rapports accablants d'organisations internationales (ONU, ONG de défense des droits humains) et de scandales impliquant des figures de la haute sphère politique et militaire[4], [5], [6]. La période étudiée est ainsi marquée par une tension dialectique constante : d'un côté, l'exigence viscérale de transparence portée par les victimes ; de l'autre, l'application systématique d'ordonnances de non-publication (gag orders) visant à protéger l'intégrité des institutions et la réputation des élites.

Ce rapport exhaustif propose une fusion des données cliniques, sociologiques et juridiques récentes pour examiner la « culture du viol » et de la déshumanisation en Israël sous un double prisme : la réalité insidieuse de l'abus sectaire (Hatmaram) et la systématisation documentée de la violence d'État.


PARTIE I : Cadre Épidémiologique et Mécanique de l'Abus Sexuel Ritualisé Organisé (Hatmaram)

Pour appréhender l'émergence des signalements d'abus ritualisés, il est impératif d'examiner le contexte global de la maltraitance infantile en Israël. L'ASRO, désigné dans le milieu clinique par l'acronyme hébreu Hatmaram, ne doit en aucun cas être confondu avec des actes isolés de pédocriminalité. Il s'agit d'une forme sévère, systémique et multidimensionnelle de violence où le viol, la torture physique et le contrôle psychologique sont intégrés dans une structure de groupe organisée, souvent adossée à une idéologie ou une religion rigide[1:1].

1. Prévalence et Spécificités par Genre

Les données de recherche contemporaines indiquent que la prévalence de la maltraitance infantile en Israël se situe dans les moyennes internationales, mais présente des spécificités culturelles alarmantes. Une étude d'envergure nationale portant sur plus de 12 000 participants a mis en lumière des taux de victimisation préoccupants. Contrairement aux tendances observées dans de nombreux pays occidentaux, les garçons israéliens rapportent des taux d'abus, notamment sexuels, comparables, voire supérieurs à ceux des filles dans certains segments de la population[1:2]. Cette donnée est cruciale pour les experts, car de nombreux témoignages de réseaux ritualisés impliquent des victimes masculines dans des contextes de communautés religieuses insulaires où le secret absolu est érigé en norme de survie sociale.

Type de Victimisation (Population Juive en Israël - Analyse 2020-2025)

Type de Victimisation Garçons (%) Filles (%) Total (%)
Abus Émotionnel 28,3 29,8 29,1
Abus Sexuel (Vie entière) 17,6 17,7 18,7
Négligence Physique 16,7 12,8 18,0
Abus Physique 17,8 12,2 17,0

L'augmentation des signalements au sein du système éducatif est un indicateur de la levée progressive des tabous. Entre 2020 et 2021, la Division des services psychologiques et de conseil du ministère de l'Éducation (SHEFI) a enregistré 4 600 cas d'abus sexuels sur mineurs, soit une hausse de 24 % par rapport à l'année précédente, une tendance qui s'est maintenue jusqu'en 2025 grâce à une meilleure formation des éducateurs[1:3]. Toutefois, l'ASRO reste la forme de criminalité la plus complexe à détecter en raison de son emprise psychologique totale.

2. Approche Clinique : Contrôle Mental, Dissociation et "Tikkun"

Les experts israéliens préfèrent désormais l'appellation "Abus Sexuel Ritualisé Organisé" à celle de "Rituel Satanique" afin d'éviter tout sensationnalisme, car l'ASRO en Israël est majoritairement lié à des idéologies religieuses extrêmes ou à des structures de pouvoir charismatiques. La violence ritualisée se distingue par son caractère prévisible et répétitif, qui renforce le traumatisme en le rendant inéluctable[1:4].

Le pilier de ce système est le « contrôle mental » ou la « programmation psychique » (tichnut nafshi). Cette pratique vise à fragmenter délibérément la psyché de la victime par des traumatismes sadiques infligés dès le plus jeune âge (souvent entre 2 et 5 ans, lors du pic de plasticité cérébrale). Les agresseurs exploitent la vulnérabilité de l'enfant pour implanter des peurs primales. Les survivants développent ainsi des structures dissociatives complexes s'apparentant au Trouble Dissociatif de l'Identité (TDI). Ils vivent confinés dans « deux mondes » : une façade extérieure fonctionnelle, voire brillante en société, et une réalité interne peuplée de souvenirs de viols collectifs, de mutilations et de simulacres de mort[1:5].

L'idéologie légitime l'abus tant pour l'agresseur que pour la victime. Le viol et la torture sont justifiés par une rhétorique de « rectification spirituelle » (tikkun). Les agresseurs utilisent des « déclencheurs » (triggers) — comme des sons spécifiques, des symboles ou des dates de fêtes religieuses — pour réactiver instantanément l'état de soumission des victimes des années plus tard. L'implication fréquente de membres de la propre famille de la victime aux côtés de figures d'autorité externes (rabbins, médecins) détruit tout espoir pour l'enfant de trouver un refuge sûr[1:6].


PARTIE II : L'Onde de Choc Sociopolitique et les Affaires Emblématiques (2025-2026)

L'année 2025 a marqué une rupture historique avec la tenue de sessions parlementaires au sein des commissions de la Knesset spécifiquement consacrées aux allégations d'Hatmaram. Le 27 juillet 2025, des survivants adultes ont eu le courage de briser des décennies de silence pour témoigner devant les législateurs, sous la présidence de la députée Pnina Tamano-Shata[7].

1. Les Témoignages de la Knesset : L'Horreur Institutionnalisée

Les récits exposés ont glacé l'assemblée, décrivant des réseaux criminels sadiques impliquant des médecins, des policiers et des membres du Parlement. Les sévices étaient mis en scène dans des lieux allant des demeures privées (où des parents « louaient » leurs propres enfants pour le trafic) à des espaces publics détournés (forêts, cimetières, entrepôts), en passant par des institutions religieuses, notamment dans le quartier de Nahlaot à Jérusalem[4:1].

Le témoignage de Yael Ariel fut particulièrement marquant : elle a relaté quinze années d'abus ritualisés débutés à l'âge de 5 ans, orchestrés par des leaders religieux qui la persuadaient qu'elle était intrinsèquement « défectueuse » et ne pouvait être « réparée » que par le viol collectif[4:2]. Hadar Feldman, une autre survivante, a raconté comment, à l'âge de 8 ans, son propre père la conduisait chaque semaine dans le bureau d'un député influent pour y être droguée et abusée. Elle a décrit des cérémonies macabres impliquant des « auditoires », des flagellations et des tortures psychologiques innommables, comme le fait d'être enterrée vivante avec des araignées[4:3].

Face à ces révélations et à l'aveu d'impuissance de la police (qui concédait ne pas savoir « connecter les points » entre des affaires isolées pour identifier la structure criminelle), la députée Naama Lazimi a exigé que l'Hatmaram soit traité comme une criminalité d'entreprise de trafic humain[4:4].

2. L'Affaire Orit et Shoshana Strook : Silence d'État et Mort Suspecte

L'omerta entourant ces réseaux est parfaitement illustrée par l'affaire Orit Strook. Orit Strook est une ministre influente du parti sioniste religieux, connue pour ses positions ultraconservatrices (son fils, Zviki Strook, avait d'ailleurs été condamné en 2007 pour l'enlèvement et la torture d'un adolescent palestinien, actes défendus publiquement par sa mère)[8], [9].

En avril 2025, sa propre fille, Shoshana Strook, détentrice d'un master en psychologie, a brisé le silence sur les réseaux sociaux. Elle a accusé ses parents de l'avoir soumise durant son enfance à des rituels sexuels filmés afin de produire de la pédopornographie, décrivant également des violences physiques extrêmes envers ses jeunes frères[8:1], [9:1]. Shoshana a vigoureusement contesté les allégations de sa famille affirmant qu'elle souffrait de schizophrénie, dénonçant un diagnostic inventé de toutes pièces pour la discréditer.

La réaction de l'État a été immédiate : l'émission d'un gag order (ordonnance de non-publication) global par la justice israélienne, interdisant à la presse locale de mentionner le nom de la ministre. Sentant le danger se resserrer, Shoshana a publié un message glaçant sur Facebook en décembre 2025 : « Si on vous dit que je me suis suicidée, ne le croyez pas... j'ai l'intention de rester »[8:2]. Le 15 mars 2026, elle a été retrouvée morte dans un gîte à Amirim. Bien que la police n'ait annoncé aucune suspicion criminelle immédiate, son décès a provoqué une vague de protestations dénonçant l'abandon pur et simple des victimes par l'État[8:3].

3. Le Paradoxe Hanoch Milwidsky : Viol Civil et Défense de la Torture

Le cas du député Hanoch Milwidsky (Likud) démontre la perméabilité morbide entre la criminalité civile et la rhétorique politique. En juillet 2025, Milwidsky est visé par une enquête de l'unité Lahav 433 pour viols et subornation de témoins, commis lorsqu'il était conseiller juridique de l'organisation sectaire "Bnei Baruch" (Kabbalah La'Am). Une victime, « Aleph », a témoigné qu'il l'avait violée dans un hôtel de Tel Aviv après l'avoir forcée à mentir pour protéger le leader du groupe, Michael Laitman, lui-même accusé d'abus[10], [11]. Des complices présumés (un avocat et un vice-président d'université) auraient aidé Milwidsky à « coacher » de faux témoins.

Malgré ces graves accusations, la coalition gouvernementale l'a maintenu à la présidence de la commission des finances, suscitant l'indignation des centres d'aide aux victimes[11:1], [12]. Ce même Milwidsky s'était tristement illustré en juillet 2024 lors d'un débat à la Knesset concernant les tortures à la base de Sde Teiman. Il y avait défendu avec virulence le droit des soldats israéliens à violer les détenus palestiniens, affirmant que l'insertion de bâtons dans le rectum des prisonniers était « légitime » face à des ennemis de l'État[4:5]. Ce positionnement révèle comment l'acte sexuel violent cesse d'être un crime pour se muer en un outil de domination et de « justice » nationale.


PARTIE III : Sectarisme, Insularité et Criminalité Transnationale

La violence ritualisée s'épanouit particulièrement dans l'opacité des sectes fondamentalistes, où l'autorité du leader charismatique est absolue. L'étude des mouvements Shuvu Banim et Lev Tahor illustre les défis colossaux auxquels se heurte la justice.

1. Shuvu Banim et Eliezer Berland : La Dérive Hassidique

Fondée en 1978, la yeshiva Shuvu Banim s'est progressivement muée en secte prédatrice sous l'influence d'Eliezer Berland[13], [14]. Sa doctrine reposait sur une hérésie : l'affirmation qu'un « Tzaddik » (un juste) était autorisé, voire tenu, de commettre des péchés. Cette perversion théologique justifiait les abus sexuels systémiques sur les femmes et mineures de la communauté comme une étape de « purification spirituelle ».

Accusé d'actes indécents, Berland a entamé en 2012 une longue cavale internationale (Maroc, Zimbabwe, Afrique du Sud, Pays-Bas) soutenu financièrement par ses fidèles. Extradé en 2016, il n'a écopé que de 18 mois de prison dans le cadre d'un accord de plaidoyer dérisoire[15]. Mais la criminalité de Berland était polymorphe : en 2021, il a été de nouveau condamné pour une fraude massive surnommée "Pills & Prayers", vendant de simples bonbons comme des remèdes miracles contre le cancer à des familles désespérées[15:1]. Plus grave encore, l'enquête a révélé l'existence d'une véritable « police religieuse » interne, menant à son arrestation en lien avec deux homicides non résolus datant des années 80 et 90 (Nissim Shitrit et Avi Edri), victimes de passages à tabac mortels pour des motifs de « moralité »[16].

2. Lev Tahor : L'Errance des "Talibans Juifs"

Le groupe Lev Tahor ("Cœur Pur"), fondé par Shlomo Helbrans en 1988, incarne l'extrémisme transnational. Surnommés les « Talibans juifs », les membres vivent en autarcie totale. L'idéologie impose le port de tuniques noires intégrales aux fillettes dès l'âge de 3 ans et justifie les mariages forcés de mineures (13 ou 14 ans) avec des hommes mûrs[17], [18], [19]. Sous la direction de Nachman Helbrans (le fils du fondateur), le régime est devenu d'une brutalité inouïe, rythmé par des privations alimentaires et des punitions corporelles sadiques.

La stratégie de Lev Tahor repose sur la « fuite géographique » perpétuelle pour échapper aux services de protection de l'enfance. Fuyant d'abord Israël vers Brooklyn, puis vers le Canada (où des enfants malnutris furent découverts), le groupe a massivement migré vers le Guatemala en 2014, puis le Mexique et la Colombie[17:1], [20], [21]. L'étau international s'est finalement resserré : en décembre 2024, un raid massif mené par Interpol et les autorités locales au Guatemala a permis de secourir 160 enfants[22], [23]. Les enquêteurs y ont fait une découverte macabre : des restes squelettiques d'enfants enterrés clandestinement. Face aux tentatives des autorités de réaliser des tests ADN pour établir les filiations, les femmes de la secte ont violemment saccagé les centres d'hébergement. Nachman Helbrans purge aujourd'hui une peine de 12 ans à New York pour enlèvement[21:1].


PARTIE IV : Sde Teiman et l'Institutionnalisation de la Violence d'État (2023-2026)

Le rapport entre la violence ritualisée des sectes et celle observée lors du conflit armé réside dans la systématisation de l'abus comme outil de destruction identitaire. L'attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas a été marquée par une stratégie délibérée de viols collectifs, de mutilations génitales et d'humiliations sadiques documentée par l'ONU et les ONG israéliennes[24], [25], [26]. Dans le sillage de ces événements, l'appareil militaire israélien a opéré une rupture paradigmatique, transformant ses centres de détention — et singulièrement la base de Sde Teiman dans le Néguev — en un réseau de torture industrialisée[2:1], [27], [28].

1. Démographie Carcérale et Vide Juridique

En décembre 2023, l'amendement à la Loi sur les Combattants Illégaux a instauré une infrastructure légale de l'impunité, permettant la détention de résidents de Gaza sans mandat, renouvelable par cycles de 45 jours, et sans aucun accès à un avocat ou au CICR[29]. En avril 2026, les statistiques sont accablantes : Israël détient plus de 9 600 prisonniers politiques palestiniens, dont 3 532 détenus administratifs (sans charge), 84 femmes et 350 enfants mineurs[30]. Plus de 100 décès en détention ont été officiellement documentés depuis le début du conflit[31].

2. Typologie des Sévices à Sde Teiman

Conçu avec des hangars industriels et des enclos de barbelés, Sde Teiman a hébergé jusqu'à 4 000 détenus. La règle d'or de la détention repose sur la privation sensorielle et physique absolue : les prisonniers sont entravés par des zip-ties, menottés, et les yeux bandés en permanence, assis sur de minces matelas avec l'interdiction stricte de bouger ou de parler, sous un éclairage artificiel ininterrompu[2:2], [27:1]. Les conditions d'hygiène y sont nulles, les détenus étant forcés de porter des couches pour adultes[27:2], [28:1].

Les rapports documentent un usage ahurissant de la torture et de la violence sexuelle comme méthode d'interrogatoire : attaques nocturnes par des chiens militaires entraînés pour mordre et uriner sur les détenus, passages à tabac, et viols ritualisés impliquant l'insertion de tiges métalliques (parfois électrifiées) dans l'anus, l'écrasement des testicules et la nudité forcée prolongée[32]. Ces actes, qui visent à annihiler la dignité et l'identité de l'individu, reprennent les mécanismes destructeurs de l'Hatmaram.

3. La Force 100 et la Complicité des Élites

La gestion de Sde Teiman a été confiée à la Force 100, une unité de réserve au lourd passif, dissoute en 2006 suite au meurtre de détenus, puis réactivée. Ses rangs sont garnis d'activistes d'extrême droite recrutés par cooptation, agissant avec un désir de vengeance revendiqué[33], [34].

L'ingénierie de l'impunité a éclaté au grand jour en juillet 2024, lorsqu'une caméra de vidéosurveillance a fuité, montrant des soldats de la Force 100 extrayant un détenu pour le violer collectivement derrière des boucliers anti-émeute (causant une grave déchirure rectale et des côtes fracturées)[35], [36]. L'arrestation des coupables a généré des scènes surréalistes : des émeutes menées par des députés et des ministres (dont Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich) qualifiant les agresseurs de « héros »[37].

Face à la pression médiatique et politique, la justice a cédé : le 12 mars 2026, l'Avocature Générale Militaire a officiellement abandonné toutes les poursuites contre les soldats impliqués, arguant qu'un procès équitable était devenu impossible. Amnesty International a qualifié cette décision de scandaleuse, marquant la validation tacite de la torture par l'État[38], [39], [40].

4. La Médicalisation de la Torture et le Ciblage Reproductif

L'éthique médicale a été totalement dévoyée à Sde Teiman. Des lanceurs d'alerte ont rapporté des amputations dues aux entraves, réalisées sans anesthésie par un personnel sous-qualifié, sur des patients enchaînés aux quatre membres et les yeux bandés[41].

En outre, une part importante des détenus était constituée du personnel médical raflé dans les hôpitaux de Gaza (plus de 250 soignants). La mort sous la torture de sommités médicales comme le Dr Adnan Al Bursh (chef de l'orthopédie d'Al Shifa) et le Dr Iyad Al Rantisi illustre une volonté manifeste de détruire l'infrastructure vitale de la société palestinienne[31:1], [42], [43]. Le rapport de la Commission d'Enquête de l'ONU (2025) a également pointé une violence reproductive délibérée, qualifiant de geste génocidaire la destruction de la clinique de FIV al-Basma, anéantissant les embryons et entravant les naissances d'un groupe cible[44].


PARTIE V : Déficiences Juridiques, Réhabilitation et Conclusion

Face à cette architecture tentaculaire de la violence, l'État d'Israël affiche des lacunes juridiques flagrantes. En 2026, le pays ne possède toujours aucune législation anti-secte (loi anti-emprise) permettant une intervention préventive de la justice avant que des actes de torture physique ne soient perpétrés[45]. Sur le plan du trafic d'êtres humains, le rapport du Département d'État américain a déclassé Israël au "Tier 2" en 2025, déplorant une chute vertigineuse des enquêtes et de la répression face aux puissants réseaux religieux et civils[46].

Sur le front clinique, le défi de la réhabilitation est incommensurable. Des organisations israéliennes remarquables, comme le Centre Israélien pour les Victimes de Sectes (ICVC) ou JGive, se battent pour la libération mentale et financière des survivants de l'Hatmaram[47], [48]. Les thérapeutes recommandent des approches comme l'EMDR pour traiter la fragmentation psychique profonde de ces survivants[1:7]. Pour les anciens détenus de Sde Teiman, la privation sensorielle et la torture laissent place à ce que le Dr Al-Ran qualifie de « mort émotionnelle » — l'incapacité totale à ressentir des émotions après une telle déshumanisation[27:3].

Synthèse Prospective

L'analyse croisée de la période 2020-2026 démontre que la violence sexuelle ritualisée et la torture institutionnelle en Israël ne sont plus des anomalies statistiques, mais des systèmes de contrôle social structurellement tolérés, voire exploités, par les sphères du pouvoir. Du détournement pervers du sacré par des gourous comme Eliezer Berland ou Helbrans, à l'omerta institutionnelle couvrant les personnalités politiques (Strook, Milwidsky), jusqu'à la déshumanisation punitive érigée en doctrine d'État à Sde Teiman, la logique demeure effroyablement similaire : le corps de la victime est systématiquement utilisé comme l'autel d'une domination absolue.

L'échec total — et souvent la complicité — du système de justice militaire et civil interne rend illusoire toute reddition de comptes domestique. La persistance de cette impunité orchestrée place une responsabilité historique sur les épaules des instances internationales (telles que la Cour Pénale Internationale). Seul le démantèlement ferme de l'Hatmaram sectaire et le jugement sans concession des crimes institutionnalisés de Sde Teiman pourront espérer restaurer l'intégrité morale, clinique et juridique d'une société profondément fracturée.

Références


  1. ‎התעללות מינית ריטואלית מאורגנת: רקע, אבחון וטיפול - בטיפולנט (Betipulnet), https://www.betipulnet.co.il/particles/background_assessment_and_treatment_of_organized_ritual_sexual_abuse ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
  2. “Sde Teiman is only the tip of the iceberg” | B'Tselem, https://www.btselem.org/press_releases/20240805_welcome_to_hell ↩︎ ↩︎ ↩︎
  3. The Sde Teiman Crisis and the Assault on Israel's Rule of Law | Lawfare, https://www.lawfaremedia.org/article/the-sde-teiman-crisis-and-the-assault-on-israel-s-rule-of-law ↩︎
  4. Horrifying testimonies seek to lift shroud of silence around ritual sex abuse claims, https://www.timesofisrael.com/horrifying-testimonies-seek-to-lift-shroud-of-silence-around-ritual-sex-abuse-claims/ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
  5. “More than a human can bear”: Israel's systematic use of sexual... | OHCHR, https://www.ohchr.org/en/press-releases/2025/03/more-human-can-bear-israels-systematic-use-sexual-reproductive-and-other ↩︎
  6. Report of the Commission of Inquiry: Israel's systematic use of sexual... violence since 7 October 2023, https://www.un.org/unispal/document/report-of-the-commission-of-inquiry-israel-gender-based-violence-13march2025/ ↩︎
  7. Pnina Tamano-Shata - Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Pnina_Tamano-Shata ↩︎
  8. Shoshana Strook - Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Shoshana_Strook ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
  9. TRT World - Who is Orit Strook, the Israeli minister accused of sexual abuse by her own daughter?, https://www.trtworld.com/article/938b226c9f43 ↩︎ ↩︎
  10. Hanoch Milwidsky - Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Hanoch_Milwidsky ↩︎
  11. Likud MK under investigation for rape approved as new head of Knesset Finance Committee, https://www.timesofisrael.com/likud-mk-accused-of-rape-approved-as-new-head-of-knesset-finance-committee/ ↩︎ ↩︎
  12. 'Witch hunt': Likud defends MK accused of rape, as accuser tells of alleged assault, https://www.timesofisrael.com/witch-hunt-likud-defends-mk-accused-of-rape-as-accuser-tells-of-alleged-assault/ ↩︎
  13. Eliezer Berland - Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Eliezer_Berland ↩︎
  14. Eliezer Berland - The Forward, https://forward.com/tag/eliezer-berland/ ↩︎
  15. Sex offender rabbi who defrauded followers gets 18 months in plea deal, https://www.timesofisrael.com/sex-offender-rabbi-who-defrauded-followers-gets-18-months-in-plea-deal-report/ ↩︎ ↩︎
  16. Jailed rabbi Berland arrested in connection with murders linked to Hasidic cult, https://www.timesofisrael.com/jailed-rabbi-berland-arrested-in-connection-with-murders-linked-to-hasidic-cult/ ↩︎
  17. Lev Tahor - Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Lev_Tahor ↩︎ ↩︎
  18. Lev Tahor — Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lev_Tahor ↩︎
  19. Colombia expels members of ultra-Orthodox Jewish sect Lev Tahor - AP News, https://apnews.com/article/colombia-ultra-orthodox-jewish-sect-lev-tahor-45392d6b12f2b8223152f2cb231a7a72 ↩︎
  20. Children removed from Jewish sect's jungle compound in Mexico, https://humantraffickingsearch.org/resource/children-removed-from-jewish-sects-jungle-compound-in-mexico/ ↩︎
  21. El Salvador extradites members of Jewish cult Lev Tahor accused of child sex abuse, https://www.timesofisrael.com/el-salvador-extradites-members-of-jewish-cult-lev-tahor-accused-of-child-sex-abuse/ ↩︎ ↩︎
  22. Colombia rescues 17 minors from controversial ultra-Orthodox Jewish group Lev Tahor, https://www.aa.com.tr/en/americas/colombia-rescues-17-minors-from-controversial-ultra-orthodox-jewish-group-lev-tahor/3753159 ↩︎
  23. Au Guatemala, des familles d'une secte réclament le retour de 160 enfants secourus | RTS, https://www.rts.ch/info/monde/2024/article/secte-juive-au-guatemala-160-enfants-secourus-familles-exigent-leur-retour-28735687.html ↩︎
  24. ARCCI submits first report regarding Hamas October 7 attack, https://www.gov.il/en/pages/arcci-submits-first-report-to-un-21-feb-2024 ↩︎
  25. Israeli report accuses Hamas of using sexual violence as weapon of war - CBC, https://www.cbc.ca/news/world/israeli-report-hamas-sexual-violence-1.7579503 ↩︎
  26. Israeli report finds evidence of 'systematic' rape and abuse | The Guardian, https://www.theguardian.com/world/2024/feb/21/israeli-report-finds-evidence-sexual-abuse-7-october-hamas-attack ↩︎
  27. Attachés, les yeux bandés, en couche-culotte : Des lanceurs d'alerte israéliens décrivent les mauvais traitements... | France Palestine Solidarité, https://www.france-palestine.org/Attaches-les-yeux-bandes-en-couche-culotte-Des-lanceurs-d-alerte-israeliens ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
  28. Sde Teiman torture camp - Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Sde_Teiman_torture_camp ↩︎ ↩︎
  29. UN report: Palestinian detainees held arbitrarily and secretly | OHCHR, https://www.ohchr.org/en/press-releases/2024/07/un-report-palestinian-detainees-held-arbitrarily-and-secretly-subjected ↩︎
  30. April 2026 Update on Numbers of Palestinian Political Detainees | Addameer, https://addameer.ps/news/5721 ↩︎
  31. DEATHS OF PALESTINIANS IN ISRAELI CUSTODY | PHR, https://www.phr.org.il/wp-content/uploads/2025/11/6538_Death_custody_Paper_Eng.pdf ↩︎ ↩︎
  32. “Another genocide behind walls”: Sexual violence in Israeli prisons... | Euro-Med Monitor, https://euromedmonitor.org/en/article/7023/“Another-genocide-behind-walls”:-Sexual-violence-in-Israeli-prisons-and-detention-centres-and-engineered-impunity-(October-2023---October-2025) ↩︎
  33. Force 100 (Israel) - Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Force_100\_(Israel) ↩︎
  34. What the Soldiers Did in Gaza - Jewish Currents, https://jewishcurrents.org/what-the-soldiers-did-in-gaza ↩︎
  35. PM: Palestinian prisoner abuse video leak 'most serious PR attack' against Israel to date, https://www.timesofisrael.com/pm-palestinian-prisoner-abuse-video-leak-most-serious-pr-attack-against-israel-to-date/ ↩︎
  36. CNN exclusive: Israeli whistleblowers detail abuse of Palestinians in Sde Teiman prison, https://www.youtube.com/watch?v=w6xHUb9P_a8 ↩︎
  37. Israeli Lawyer Resigns for Leaking Video of Sexual Abuse of Palestinian Prisoner | Truthout, https://truthout.org/articles/israeli-lawyer-resigns-for-leaking-video-of-sexual-abuse-of-palestinian-prisoner/ ↩︎
  38. Israël /TPO. Abandon des poursuites contre des soldats... décision scandaleuse | Amnesty International, https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2026/03/israel-opt-decision-to-drop-charges-against-soldiers-accused-of-abuse-of-palestinian-detainee-disgraceful/ ↩︎
  39. L'armée israélienne abandonne les poursuites contre des soldats accusés d'avoir maltraité des détenus | France Palestine, https://www.france-palestine.org/L-armee-israelienne-abandonne-les-poursuites-contre-des-soldats-accuses-d-avoir ↩︎
  40. End of the Sde Teiman Abuse Case: The IDF MAG Withdraws Indictments | Lawfare, https://www.lawfaremedia.org/article/end-of-the-sde-teiman-abuse-case--the-idf-mag-withdraws-indictments ↩︎
  41. MEDICAL ETHICS AND THE DETENTION OF GAZA RESIDENTS | PHR, https://www.phr.org.il/wp-content/uploads/2024/04/5954_medical_ethics_Report_Eng.pdf ↩︎
  42. UN expert horrified by death of Gazan orthopedic surgeon in Israeli detention | OHCHR, https://www.ohchr.org/en/press-releases/2024/05/un-expert-horrified-death-gazan-orthopedic-surgeon-israeli-detention ↩︎
  43. Palestinian Health Ministry calls on global community to probe into killings of doctors in Israeli custody, https://www.aa.com.tr/en/middle-east/palestinian-health-ministry-calls-on-global-community-to-probe-into-killings-of-doctors-in-israeli-custody/3255686 ↩︎
  44. Une commission d'enquête de l'ONU accuse Israël « d'actes génocidaires » à Gaza, https://news.un.org/fr/story/2025/03/1153911 ↩︎
  45. MKs bid to tackle 'harmful cults' that ensnare 20000 Israelis, https://www.timesofisrael.com/will-israels-first-anti-cult-legislation-harm-religious-freedom/ ↩︎
  46. Israel, West Bank and Gaza - United States Department of State (2025 TIP Report), [lien suspect supprimé] ↩︎
  47. Saving 4 children from a LEV TAHOR cult's — Jgive, https://www.jgive.com/new/en/gbp/donation-targets/143060 ↩︎
  48. ‎המרכז לנפגעי כתות: המרכז הישראלי לנפגעי כתות, https://infokatot.com/ ↩︎

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